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samedi 19 mars 2011

Chubut vote

Les élections générales ont commencé en Argentine pour renouveler les parlementaires et le président. Contrairement à la France, les élections ne sont pas organisées partout dans le pays à la même date. Les derniers votants savent donc qui a été élu dans les autres circonscriptions.
Ce week-end, ce sera au tour de Chubut de voter. Chubut est la région dans laquelle se trouve Lago Puelo, au sud d'El Bolson où nous avons été volontaires dans la ferme d'Eléonora. Mais Chubut, c'est également un territoire qui fait un peu plus d'un tiers de la France en superficie mais qui ne compte qu'un peu plus de 410 000 habitants dont la majorité sont concentré dans les villes donnant sur l'océan atlantique avec Comodoro Rivadavia en tête (120 000 habitants).

lundi 1 novembre 2010

Un week-end magnifique

Le début d'un week-end magnifique 
La cascade
Une belle balade ne pouvait pas mieux commencer. Après les deux premiers kilomètres qui nous conduisent à la route, nous sommes pris en stop par un pick-up où nous nous installons dans la benne alors que le soleil du matin semble vouloir percer. Nous sommes déposés à quelques centaines de mètres de la passerelle enjambant le Rio Azul qui relie le refuge "el motoco" au reste du monde. L'accès au refuge est un sentier de vingt-cinq kilomètres mais le dénivelé n'est pas forcément très grand, du moins sur la carte. Le premier quart d'heure se fait au ralenti pour chauffer les muscles et profiter d'une cascade en contrebas. Après une ascension d'un peu plus d'une heure et demi, nous arrivons à un point de vue sur la vallée qui est magnifique et là, sur la gauche, deux énormes oiseaux qui tournent à trois cents mètres de nous, ce sont deux condors.
Les condors
Ils sont là, nous avons le temps de les voir à la jumelle, de prendre des photos et de nous émerveiller. Après cette petite pause, le chemin redescend et nous commençons à nous dire que le dénivelé va peut-être nous surprendre. Nous traversons un premier petit torrent puis un second en profitant de la vue qui est magnifique avec des cascades et des vaches. Elles sont là, broutant le versant d'en face qui est plus ou moins à pic mais surtout au milieu de nulle part. Les passages de torrents sont nombreux et certains demandent des talents d'équilibriste. Nous suivons tout le temps le "rio Motoco" qui tonne du bruit du printemps quand l'eau est abondante à cause de la pluie et de la fonte des neiges. Nous nous arrêtons pour manger près du torrent principal dans un lieu magnifique. Ensuite, la promenade continue avec une alternance de montées et de descentes. Des paysages enchanteurs se succèdent au fil des tournants. La plupart des espèces d'arbres, de plantes, de bambous et d'insectes me sont totalement inconnues. Tout à coup, sur la droite un passerelle qui enjambe le torrent à une dizaine de mètres de hauteur. De loin, elle parait convenable, de près, les planches sont bonnes mais la passerelle fait un mouvement de gauche à droite à chaque pas.
Indiana Jones
Après avoir passé une barrière qui est appelée "du milieu", nous arrivons dans un lieu étrange avec une espèce de cabane semi-abandonnée jonchée de bouteilles vides et d'emballages, le squelette d'une construction de deux étages et une sorte de parc. Nous apprendrons plus tard par que ce parc sert pour les vaches du propriétaire quand il faut les marquer. Une fois ce lieu passé, nous arrivons à la seconde passerelle qui, présente nettement moins bien que la première malgré ou à cause de la seconde couche de planches qui croise la première. Elle permet non seulement d'enjamber la rivière mais se trouve exactement sur le quarante-deuxième parallèle sud et donc à la frontière entre les provinces de Chubut et de Rio Negro.
Indianora
Elle est suivie de près par la montée de los caracoles (des escargots) qui demande aux jambes ce qu'elles n'ont pas encore donné. Un peu plus loin, nous sommes obligé de faire déplacer un troupeau de vaches qui bloquent totalement le chemin et qu'il est impossible de contourner. La dernière alternance de montées et de descentes permet d'arriver jusqu'à un faux-plat montant qui mène au refuge. Ce dernier kilomètre est situé dans une vallée plus large et suit le torrent sur sa droite. Le décor est magique, on croirait arriver dans un décor de film. La rivière coule au milieu de deux prairies faiblement boisées, le son du torrent est plus doux, des sommets enneigés entourent le lieu et d'une maisonnette fume une cheminée.


Le refuge et la rencontre avec Luis
Nous savons que le refuge est ouvert toute l'année mais au moment où nous arrivons, il ne semble pas y avoir âme qui vive. Nous décidons d'entrer et de poser nos sacs pour attendre le gardien. Nous jetons un oeil dans cet intérieur qui est un peu sombre et sobre mais habité par un homme puisqu'il y a un rasoir près de l'évier. Un PC joue Highway to hell et c'est justement le contraire qui vient de se passer, c'est footpath to paradise mais je verrai par la suite que mes goûts musicaux sont très proches de ceux du gardien du refuge. Une visite rapide au deuxième étage, nous permet d'apercevoir les matelas qui vont nous servir pour la nuit. Tout ce que je peux dire après un examen éclair, c'est que nous ne les entraînerons pas. Après avoir redescendu les deux trois degrés de l'escalier en colimaçon situé au centre de la maison qui permettent de voir le premier étage, nous nous installons sur les bancs et entendons du bruit à l'étage. Nous étions en fait arrivé au milieu de sa sieste. Un homme hirsute mais rasé de frais descend et nous invite à prendre un jus d'orange. Il nous dit qu'il s'appelle Luis, nous demande d'où nous sommes, si nous avons croisé du monde en venant. De Lettonie et de France et non pas une seule personne mais deux condors. Nous nous reposons un peu et visitons les environs. Nous nous attablons ensuite avec Luis qui nous raconte qu'il vit depuis deux ans ici et qu'il s'occupe de la forêt, du refuge et qu'il est employé par le propriétaire des dix-huit mille hectares qui entourent ce havre de paix dans lequel nous sommes arrivés. Il nous explique ensuite comment fonctionne ce milieu fragile et situé en zone de protection. De ce statut, découle que la terre ne peut pas être vendue et que le bois ne peut pas être coupé, ce qui fait que l'énorme propriétaire terrien n'est riche que sur le papier. Le vent qui avait commencé à souffler quand nous sommes arrivés, semble prendre de la puissance. Cela est du à la déforestation massive du côté chilien et au fil des ans, le vent devient de plus en plus fort et de plus en plus fréquent.
Luis est boulanger à ses heures perdue
Luis est curieux de savoir ce qu'est ce petit pays dont nous lui avons parlé et qui semble être à l'autre bout de la terre. Pour beaucoup de gens, cela parait bizarre qu'un si petit peuple puisse avoir sa propre langue et une culture multi-centenaire qui se soit perpétuée malgré les puissants voisins. Nous parlons ensuite des différentes espèces d'arbres que nous ne connaissons pas et qui sont en fait très locales. C'est à ce moment qu'il nous propose de nous accompagner le lendemain matin jusqu'à un bois d'alerces. Ce sont des arbres de la région appartenant à la famille des séquoia. Il nous raconte l'histoire du refuge qui a douze ans et où le panneau photovoltaïque a remplacé le groupe électrogène, l'histoire de cette carte, la première de la région tracée par un docteur qui au cours de ses expéditions a baptisé les sommets qui n'avaient pas de noms. Le sommet en face de la porte s'appelle Alicia à cause d'une de ses filles et un autre dont je vous ai parlé s'appelle Nora pour la même raison. Cette discussion, à laquelle s'est joint, Nicolas, un ami venu lui rendre visite, nous a conduit jusqu'à l'heure du dîner et pas loin de celle du coucher. Quand on habite dans un lieu si isolé, il faut avoir de très bons amis et qui aiment marcher.

La découverte du bois multimilénaire
Chauras
La nuit se passe très bien malgré le vent qui souffle à décrocher la toiture et de passer du tapis de sol à un matelas explosé donne la même impression que de passer d'une auberge de jeunesse à un hôtel trois étoiles. Le réveil se fait doucement et nous partons vers dix heures pour découvrir ce bois d'alerces qui est, aux dires de Luis, vieux de mille cinq cents à deux mille ans. Sur le chemin nous goûtons de Chauras, ce sont des petites baies poussant comme les myrtilles mais ont la consistance et le goût de la pomme. Il nous montre ensuite que les Cihbue sont des arbres qui poussent vite puisqu'il atteignent plus d'un mètre de rayon en cent ans mais qui se décompose de l'intérieur et sont donc souvent mis à terre par les rafales de vent. Au coin d'un chemin se cache une magnifique cascade qu'il est possible de voir de face et de dessus.
Nora est toute petite et
encore très jeune
Nous arrivons au bois en question et là des arbres immenses dont le diamètre dépasse deux mètres nous surplombent. Luis nous avait montré un petit spécimen sur le chemin qui du haut de ses deux cents ans ne faisait pas plus de quatre mètres de haut pour une vingtaine de centimètres de diamètre. Ces arbres poussent très lentement mais sont en revanche extrêmement solides, résistants au froid et au feu grâce à une écorce épaisse et qui se consume lentement. Nous avons ensuite redresser un spécimen d'environ trois cents ans que le torrent avait renversé et je me suis dit que dans deux mille ans, des gens viendrait ici et se diraient que ce bois est formidablement beau en regardant le travail de Luis et un peu du mien. Car au-delà des tâches précitées, il est pompier affecté à la surveillance des incendies et infirmier. J'ajouterais guide à cette liste et hôte de grande qualité.


Les questions sur le chemin du retour
La première carte de la région
Sur le chemin du retour, je fais beaucoup plus attention aux espèces que Luis m'a présenté et essaye de voir les animaux qui se cachent dans cette immense forêt. Je m'aperçois qu'il y a des pousses de fraises mais dont la taille est celle de nos jardins. Je me rappelle alors que c'est une espèce qui nous vient d'Amérique. Vient ensuite d'autres questions sur les mûriers, les églantiers que nous croisons. Est-ce l'européen qui a emmené avec lui des graines de façon volontaire ou non ? Est-ce que les fruits sont différents et ce sont deux espèces qui ont évolué chacune de leur côté après la séparation des continents ? Existe-t-il toujours des espèces de plantes datant de cette époque ? Mais au fait, c'était quand exactement cet époque ? Est-il possible que ce soit des oiseaux migrateurs qui traversent l'Atlantique ? Pourquoi traverseraient-il l'Atlantique alors que dans les deux cas, il y a des continents au nord et au sud ? Je me suis posé énormément de questions sur l'évolution des espèces et me suis rappelé les pigeons et les moineaux qui vivent dans les villes d'Argentine et d'Uruguay. Je veux bien que le pigeon traverse puisqu'il y a des pigeons voyageurs mais le moineau ? Les cigognes que nous avons vu sur la route d'Iguazu sont les mêmes que celles de Lettonie donc il y a eu au moins un couple qui a fait le voyage avant ou après Christophe Colomb. Finalement, Christophe Colomb n'a peut-être pas été le premier européen en Amérique. D'ailleurs, il faut que je retourne voir les théories sur le peuplement des Amériques par l'homme avant l'arrivée des européens. Une partie de la réduction de la population pré-colombienne à une peau de chagrin est due aux maladies dont les bateaux ont été les vecteurs. Il y a-t-il eu des espèces de plantes ou d'animaux qui ont disparu sans qu'on s'en aperçoive, si oui, en quelle proportion ? Nous rencontrons deux groupes de quatre marcheurs dont un se dirige vers le refuge. Cela est presque surprenant après la solitude complète de la veille. Les points de vues sur le paysage sont différents et nous permette de redécouvrir un chemin que nous avions pourtant fait la veille. Les condors ne sont plus là ou tapis dans leur nid qu'il est impossible de voir. Les sommets sont dans la grisaille et la pluie qui aura menacé toute la journée ne nous sera finalement pas tombé dessus. Puis, au détour du sentier, nous voyons les maisons tapies dans la vallée, le voyage dans ce sanctuaire de la nature est fini. Avons-nous vraiment envie de retourner chez Eléonora qui pleure toujours la mort de son ex-président comme s'il fut un proche ? N'aurions-nous pas du rester là-haut, aller jusqu'au bois d'alerces encore plus vieux et plus haut peut-être même jusqu'au lac où s'arrête le chemin parce qu'après, c'est le Chili ? Nous aurons d'autres occasions de nous immerger dans la nature et l'avantage des randonnées au printemps est la solitude qu'elles apportent qui sont propices à l'écoute, à l'observation, à la réflexion, à la création et au partage quand la solitude est rompue.
Avant le départ du refuge

jeudi 28 octobre 2010

Mort de Nestor Kirchner et bois mystique

Il était à peu près 11h30 hier matin quand j'ai appris la nouvelle de la mort de Nestor Kirchner. Je ne connais pas forcément très bien sa vie mais il est celui qui a mis un point d'arrêt à la chute dans laquelle s'était engagé l'Argentine après les abus des années Menem. De centre-gauche, il a oeuvré pour les classes plus populaires qui avaient été délaissées depuis des années. Il est  aussi le premier président à réclamer le retrait des portraits des dictateurs. Il a acquis par ses actions une grande popularité qui a poussé des milliers d'argentins à se réunir sur la plaza de mayo. Ce jour chômé devait être le jour du recensement mais dans les têtes cela sera le jour de la mort du président Kirchner. L'Argentine est d'autant plus touchée que sa femme a continué son oeuvre depuis 2007 en tant que présidente et est elle aussi fort populaire. Les messages d'encouragement lui vont directement alors que l'opposition se réjouit sous cape de la mort du candidat le plus dangereux pour les prochaines élections.
De notre côté, nous avons profité d'une éclaircie pour aller nous balader au pied d'une cascade dont l'approche n'a pas été sans embuches. Après être passés au travers d'un marais résultant de la fonte des neiges et traversé un torrent avec des troncs d'arbres juxtaposés en guise de pont, nous sommes arrivés au beau milieu d'une propriété privée. Le gérant de l'espèce de camping a bien voulu nous laisser passer et a essayé de nous donner quelques explications dans un espagnol dont la prononciation était proche de celle de Brad Pitt dans Snatch. Une fois entouré de deux nouveaux torrents et de fils barbelés nous avons compris qu'il n'y avait qu'un point d'accès à ce qui est pourtant un camping avec une petite écurie et de nombreuses places. Il faut savoir que le chemin par lequel nous sommes venu et reparti n'est pas carrossable, qu'à certains endroits, il disparait carrément, nous nous sommes vraiment demandé s'il y avait du monde durant la haute saison parce que le reste du temps il doit être plutôt tranquille pour ne pas dire isolé. Qu'à cela ne tienne, nous avons continué le long du torrent Motoco pour arrivé au niveau d'une cascade perdue dans la forêt. Cependant, là aussi l'approche était difficile et même dangereuse aussi, nous avons préféré en profiter de loin avant de rebrousser chemin. Si l'accès au Cierro Lindo est toujours impossible, nous irons sans doute à celui de Motoco qui est ouvert toute l'année et se trouve en amont de cette cascade.
Une petite prairie dans laquelle le chemin disparait

En route vers de nouvelles aventures...

Ce n'était pas le plus dur

Sur le chemin du retour, nous avons pris le temps de nous arrêter dans une forêt de frênes immenses près du Rio Azul pour profiter du chant des oiseaux et du bruit de la rivière. C'était vraiment formidable. Pendant un moment, je me suis imaginé ce qu'avait du ressentir le premier homme qui est arrivé dans cette vallée encore sauvage et ce qu'était cette vallée avant l'arrivée du premier homme. C'était sans doute un lieu beaucoup plus soumis aux aléas des saisons. Le Rio Azul est de plus en plus dompté et les forêts d'essences locales sont remplacées par des forêts de pins. J'ai pensé aux déluges lors de la fonte des neiges et aux arbres déracinés par la force de l'eau. J'ai pensé à la foudre qui s'abattant à un endroit déclenchait un incendie de temps en temps. J'ai pensé aux eboulis qui surviennent lors du gel et du dégel. J'ai pensé au vent du sud qui emmène le froid et au vent de l'ouest qui emmène la pluie, à celui du nord qui emmène le chaud et à celui de l'est qui n'arrive jamais. Certains des arbres qui me dominaient avaient peut-être connu cette période. Ici, la colonisation par l'homme n'est pas si vieille et on peut voir des paysages plus faiblement marqués par son influence.
Le lieu est magnifique

mardi 26 octobre 2010

Toujours dans les montagnes mais pour combien de temps?

Après mon dernier billet, nous sommes rentrés à pied à la ferme. Le stop fonctionne très bien et permet de discuter rapidement (puisqu'il faut dix minutes pour rejoindre El Bolson ou Lago Puelo) avec pas mal de gens mais Eléonora nous avait dit que la ballade vallait le coup.
La promenade d'El Bolson à notre ferme nous a offert une nouvelle vue magnifique sur la vallée. Le début est un peu difficile et monte presqu'à pic mais ensuite, le chemin descend sur tout le long. On remarque vite qu'un incendie a ravagé la région il y a peu, les pins gagnent par rapport aux espèces locales qui repoussent moins vite. L'incendie a eu lieu en 1999 et a brulé la majeure partie de ce qui s'appelle la butte du milieu. De la colline, on domine la ville et les quartiers plus pauvres qui se situent au bord du Rio Quequemtreu. El Bolson est une ville touristique par excellence mais ce ne sont pas les chefs-d'oeuvre d'architecture qui attirent. Je pense qu'en premier lieu il y a eu la vue qui est offerte à 360° et ensuite la foire artisanale dont j'ai déjà parlé. La ville n'étant pas connu pour ses chefs-d'oeuvre architecturaux, les touristes quand ils sont en ville restent donc près de l'artère principale qui comme dans beaucoup de villes des andes argentines, s'appelle San Martin. Les quartiers populaires ne sont donc pas loin de cette artère et sont construits dans les zones innondables (et sans doute sujettes aux glissements de terrain) de la ville. A la jumelle, il est facile de voir différents refuges de montagne qui cernent la ville dont celui dans lequel nous avons été mais il est beaucoup plus difficile d'apercevoir des condors, surtout quand on ne sait pas où ils logent. En continuant le chemin, la vue sur la vallée s'ouvre vraiment au sortir d'un tournant et on peut voir le lac et la ville qui se nomment tous deux Lago Puelo en aval. Ensuite, nous suivons la route qui mène du camping Rio Azul à notre ferme.

En parlant de la ferme, la date du départ est plus ou moins arrêtée et sera normalement mercredi trois cela nous permettra de visiter encore un peu et de ne pas descendre trop vite vers le sud où il fait froid. Les relations se sont réchauffées mais les repas se font de plus en plus rares. Le marché consistait au départ en trois repas par jour week-end compris pour quatre heures de travail et au final nous avons deux repas (dont un maigre petit déjeuner) et le week-end n'est pas compris. Nous nous sommes donc retrouvés, samedi soir, à manger un burger cher et dégueulasse à 23h00 après avoir appris que les repas du week-end n'étaient plus inclus. Je ne pense pas que ça soit par manque d'argent puisque la fille vient d'avoir une pochette machin Kitty pour son téléphone portable. A cette allure, il nous faudra payer le logement dans deux semaines (comme il est possible de le voir). Dans certains cerveaux, de volontaire à pigeon, il n'y a qu'un pas et je crois que notre hôte est prête pour le franchir.
Le plan pour ce week-end est de monter au refuge de Cierro Lindo et de là atteindre le Cierro Nora. Il n'est pas beaucoup plus haut que le refuge et si les forces nous restent, nous pourrons peut-être atteindre la cîme du Cierro Lindo qui commence à se dégarnir du peu de neige qu'il a fait cet hiver. Nous espérons que le refuge sera ouvert puisqu'il était encore fermé, il y a quinze jours.

lundi 25 octobre 2010

Lago Puelo

Les photos de la dernière fois pour commencer.
Le torrent et les trois pics (voir billet précédent)

l'eau claire

Les trois pics sans moi
Samedi, nous avons fait un tour à la Feria Artesanal de El Bolsòn. L'événement qui fait que les hippies s'installent dans le coin.
La feria
Des fringues pour hippies
Samedi soir, nous sommes allés voir le spectacle d'une école de danse folklorique locale (nous approchons de la fin de l'année scolaire) et Nora était aux anges. Il faut savoir que ce genre de spectacle commencent à 23h00 et fini tot le matin. J'apprécie un peu de danse folklorique mais pour moi, quatre heures ça faisait beaucoup. Nous avons donc coupé la poire en deux et sommes allés boire un bière dans un bar de la ville avec des locaux puisque les touristes ne sont pas encore arrivés.
Une danse folklorique exécutée par des enfants (la Chacarera)
Nous sommes allés nous ballader près du lac qui se situe au sud de Bolsòn et une nouvelle fois, l'émerveillement des montagnes était au rendez-vous. Nous n'avons pas forcément beaucoup marché puisque nous étions fatigués mais nous avons pu nous poser près d'un rocher à l'abri du vent qui nous a permis de profiter du soleil. Mon espagnol s'améliore tellement que j'ai parlé pendant une dizaine de minutes dans cette langue avec une française qui travaille à l'office de tourisme de Lago Puelo.
Ici, c'est le printemps, ça nous fait toujours bizare
Tout va bien
Aujourd'hui, nous avons continuer de mettre en oeuvre la chanson des Rolling Stones : Paint it black...
I see a red door and I want to paint it black...

vendredi 22 octobre 2010

Une ballade sympathique...

Le temps a à nouveau tourné au beau. Nous avons profité de l'après-midi pour aller nous promener. Après négociation, nous pouvons travailler quatre heures par jour si nous préparons le repas de midi sur nos propres deniers, elle avait auparavant demandé trois heures de travail mais cela nous semblait fort peu pour le gîte et deux repas.
Nous avons suivi un chemin qui se situe au flan d'une colline qui sépare les deux torrents qui drainent la vallée d'El Bolson. Le printemps ayant avancé depuis notre arrivé, la plupart des arbres sont verts ou en fleurs. Une maison était carrément entouré d'arbres fruitiers de toutes les couleurs. Les demeures de la région sont en partie faites en bois de cyprès et sont basses. Cependant, la ville attire de plus en plus de citadins voulant s'installer comme artisant ou paysan à la campagne et l'abondance de cyprès d'il y a 15 ans n'est plus de mise ; ainsi, les constructions se font de plus en plus avec des matériaux moins chers comme le pin ou l'aggloméré. L'installation en tant qu'artisant est plus facile à El Bolson qu'ailleurs grâce à la foire artisanale qui se tient tous les mardis, jeudis et samedis et qui permet aux habitants de la région d'écouler leurs productions aux touristes. Cette foire est internationnalement connue et figure dans de nombreux guides. On trouve à peu près de tout dans des stands tenus par des hippies quarantenaires pour la plupart. Contrairement à ce que j'avais pu lire, les gens sont plutôt de type latin, je dirais même italiens, alors que j'avais lu que la région était peuplée d'allemands. Pour en revenir à la balade après cette digression, nous avons suivi les indications d'Eleonora pour trouver un bassin dans le torrent. Je n'imaginer pas forcément ce à quoi pouvait ressembler un bassin sur un torrent dont le lit est essentiellement constituer de galets et j'imaginé une espèce de retenue. En fait, le bassin est creusé dans un rocher de grès qui borde la rivière et l'eau y est incroyablement claire. La baignade est dangereuse en cette saison à cause du niveau de l'eau mais surtout de sa température. Nous ne nous sommes donc pas baignés. Les abords sont couverts de saules et le sol est constitué d'un sable très fin qui en fait un point de rendez-vous pour les pic-nic du dimanche. Nous avons ensuite traversé une passerelle qui se trouve un peu en aval pour observer la vue de l'autre côté. Le point de vue est formidable et nous avons pu voir "los tres picos" avec le torrent et la vallée au premier plan.
La faune, et particulièrement les oiseaux, est très différente de ce que nous pouvons voir en Europe. Il y a un nombre incroyable d'oiseaux que je ne peux nommer et que je suis sûr de n'avoir jamais vu auparavant (du moins en liberté). Les photographier est un exercice hardu puisque à part les bandurias qui vivent dans le jardin et ont installé leur nid à dix mètres du sol dans un saule voisin, les oiseaux sont très sauvage et ne se laissent pas approcher. L'Argentine est également le seul pays où je vois des chevaux érants et cela est d'autant plus surprennant qu'ils servent de moyen de locomotion à des gens qui ne peuvent pas acheter et entretenir une voiture (comme on le voit en Lithuanie), à des écolos convaincus ou à des nostalgiques de l'époque où ce moyen de locomotion était la norme. Ou alors, c'est justement à cause de cela qu'on voit des chevaux errants.
Etant donné l'etat calamiteux du pc, je ne peux pas mettre de photos.

mercredi 20 octobre 2010

Un nouveau projet

La vie et le travail avec Eleonora sont assez durs et elle s'est plaint de son incapacité à accueillir deux volontaires. Elle a modifié les termes du projet entre le moment de l'acceptation et notre accueil sans nous le dire. Nous sommes partis sur 4 heures par jour (ce qu'il y avait d'écrit) alors qu'elle en attendait 6 (ce qu'elle a modifié). Nous n'avons pas forcément fait de jours avec moins de 6 heures de travail mais nous pensions que les heures étaient libres alors qu'elles ne le sont plus depuis les modifications apportées. Un malentendu s'est créé et une discussion a été nécessaire hier soir. Sans forcément avoir une approche bonne des nuances en espagnol, il n'a pas été difficile de comprendre qu'il s'agit plus de deux personnes de plus à nourrir que du manque de travail puisqu'elle a loué notre efficacité. Cependant, nous avons compris que la période est difficile pour elle au niveau pécuniaire et que nous avons effectué une grande partie des travaux qui attendaient pour certains depuis un an (découpe du bois, nettoyage des étables...). Je trouve un peu bas de ne pas nous avoir annoncé les changements puisque cela nous amène à chercher un nouveau lieu de volontariat et sans doute un départ anticipé d'El Bolsòn. Nous allons, de toute façon, essayer de trouver d'autres projets car le voyage sera long sans étapes comme celle-ci. Nos sentiments sont mitigés car au-delà de ses mauvaises humeurs matinales et de ce changement sans préavis qui nous embarasse un peu, elle est sympathique et intéressante.

lundi 18 octobre 2010

Afin de gagner un peu de temps dans les cybercafés, j'ai choisi d´emprunter le pocket pc d'Éleonora et c'est avec lui que j'écris ces quelques mots sous notepad puisqu'il fait gris et qu'il pleut. De plus, la marche d'hier a fini d'utiliser les forces qu'il nous restait d'avant-hier. Je vais donc profiter de ce moment pour développer un peu ce qu'on a pu voir depuis une semaine à la ferme et depuis un mois en Argentine.
 
Choix fermiers
Le travail d'aujourd'hui était de finir de nettoyer les étables qui n'avaient pas étaient nettoyées depuis le printemps dernier et cela n'a pas été une mince affaire puisqu'il y avait environ 60 cm de paille, de bouse et de sciures qui s'étaient accumulées durant l'année passée. On imagine pas comment les vaches peuvent se faire chier. Ce travail comme d'autres me permet d'analyser avec un regard extérieur les choses bonnes ou mauvaises de cette ferme afin de bâtir mon projet d'avenir. Cela concerne autant l'organisation du travail que le choix des bêtes.
La maîtresse de maison a apparemment du mal à joindre les deux bouts si elle veut faire profiter à sa fille de tous les avantages de la vie moderne. A l'équipement de la maison (un lecteur dvd de salon et un de voyage, un ordinateur portable et un pocket pc, deux téléphones portables), je pense que la vie n'est pas vraiment mauvaise ici et chacun mange à sa faim. Cependant, il y a des choses qui peuvent être améliorées si on veut mettre un peu de beurre dans les épinards. Les relations avec elle sont plutôt difficiles (particulièrement le matin) et nous avons du mal à comprendre ce qu'elle désire.
La première chose dont il faut faire preuve est d'un détachement affectif envers les animaux. Ce n'est pas forcément facile et ça l'est sans doute encore plus avec des chevreaux qu'avec des poules ou des canards. Cependant, ne pas pouvoir élever de lapins qui sont un bon apport en viande parce qu'on arrive pas à les tuer est une perte considérable puisque leur alimentation ne représente pas un gros investissement. D'autre part, une régulation de la population des chats dans une ferme doit se faire vite sentir puisqu'à raison d'une bête de plus à nourrir tous les 2 mois, il est possible de passer d'une aide sans commune mesure contre les rongeurs à une nuisance pour soit (il faut surveiller qu'ils ne chapardent pas à longueur de journée) et les voisins, cela devient plus dur encore si les chats ne se nourrissent pas de leur chasse. Je ne parle pas forcément de l'école de la mer comme disent nos amis lettons mais d'une régulation. Et je ne parle pas d'Alessandro qui remplirait une bonne casserole...

De la situation actuelle du pays
La vie chez l'habitant n'a pas son pareil pour s'imprégner de la culture et pour sonder un peu le pays. Les discussions au dîner sont aussi très enrichissantes même si elles sont encore un peu limitées par mes trop faibles progrès en Argentin et l'humeur du jour d'Eléonora. L'Argentine a connu au cours de son histoire, une succession de gouvernements qui ont pour certains enrichi le pays alors que d'autres l'ont menée à la ruine. Le dernier gouvernement qui a appauvrit le pays et l'a poussé à faire appel au FMI a été celui de Menem. Ce dernier a fait une grande place à l'affairisme de toute sorte et à la cooptation. On retrouve dans ses agissements des similitudes avec celui que la France a à l'heure actuelle où la part belle est donnée à ce qui en ont le moins besoin (bouclier fiscal) au détriment des autres (destruction des acquis sociaux un par un). Des liens douteux avec des pays jugés terroristes (notamment la Syrie...) qui ont conduit à l'assassinat (c'est du moins ce que pense les locaux) d'un des fils du président. On retrouve aussi une confusion entre les biens publics et privés du président (l'histoire de l'avion présidentiel a un antécédent ici)... Eleonora m'a fait comprendre qu'il ne fallait pas longtemps à un gouvernement décidé pour appauvrir un pays au profit des plus riches. La présidence de Cristina semble devoir mettre un point d'arrêt à cela et passe par un développement des infrastructures de communications, éducatives et des hôpitaux mais également par l'instauration d'un minimum retraite pour les ouvriers agricoles payés au noir pas forcément de leur propre grès. Cela n'est évidemment pas du goût de la caste qui dirige le pays et qui possède la majeure partie des terres et du sous-sol. Aussi, elle n'apparaît que peu sur les télés privées et dans les journaux du pays ou alors pour être vertement critiquée. En n'ayant passé qu'un mois ici, je suis obligés de croire ce que les locaux me disent et c'est déjà la troisième à me le dire. D'autre part, je suis obligé de constater qu'il y a effectivement des routes et des écoles en constructions, l'ouverture de petits centres hospitaliers et des travaux d'aménagement pour l'accès des bâtiments publics aux personnes en fauteuil roulant. Ces discussions sont possibles car je pense que les argentins sont très politisés de manière générale et ont plusieurs exemples dans leur histoire où la rue a eu le pas sur le gouvernement et un passé de restriction de liberté de pensée qui a moins d'une génération. Les gens qui encensent Kirchner le font également pour Evo Moralès.

Le passé
L'Argentine s'est révolté contre l'occupation espagnole le 25 mai 1810 portée par la jeunesse. Cette révolution a été entretenue par des généraux qui se sont battus sur tous les fronts et des rues ou des villes d'importance portent aujourd'hui les noms de San Martin, Guëmes, Belgrano... L'indépendance date du 9 juillet 1816.
Les non-latino-américains sont appelés Gringos (serait une abréviation de Green go home -kaki rentre chez toi- lancé par les centraméricain aux militaires nord-américains) dans leur large majorité avec des traitements de faveurs pour les latino-européens. Ils n'oublient pas qu'ils sont pour la plupart issus des Gallegos (espagnols en grande partie de Galice) et des Tanos (Italiens en grande partie de la région de Naples) et dans une moindre mesure des Français même si on voit des Chevallier, Champenet... Une autre partie de la population est native du continent américain mais a subi des déportations de leurs régions vers la capitale quand elle était récalcitrante à la vraie vérité européenne. La région de Salta (au nord-ouest à la frontière avec la Bolivie) et celle de Missiones (Nord, encerclée par le Brésil, l'Uruguay et le Paraguay) sont celles qui en compte le plus parmi celles que nous avons visité.
Si les généraux de la révolution et de l'indépendance sont des héros nationaux, une autre partie du passé militaire de l'Argentine n'est pas abordé ou du moins pas ouvertement avec les Gringos. Il s'agit de la plus récente. Les mères et les grands-mères de la place de mai sont toujours là et notre intérieur comprend des photos de l'une d'entre-elles mais le sujet étant sensible, les informations que j'en ai sont celles d'internet et du film "La historia official". L'appartenance des Malouines à l'Argentine n'est pas un fait discutable ici et une compagnie de bus n'hésite pas à le rappeler en faisant figurer le slogan "Les Malouines resteront toujours argentines" à côté d'un portrait de Che Guevara (mais où va la révolution cubaine?)
Les différentes tentatives de l'Amérique du Nord (principalement les Etats-Unis) pour s'approprier la partie sud du continent ne sont pas effacées (et elles semblent devoir persévérer autant de temps que ces tentatives ne prendront pas fin). Si le terme Gringo est donné plus affectueusement aux européens du nord, il est parfois utiliser pour faire sentir que certains états-uniens ne sont pas les bienvenus ou que ça ne dérangerait pas de les voir partir.

jeudi 14 octobre 2010

La ferme des animaux

Les animaux de la ferme même s'ils ne sont pas forcément très nombreux valent un petit message. Il y a d'abord deux chiens qui sont pas forcément agressifs quand il ne s'agit pas d'avoir des caresses et c'est un peu la même choses pour les sept chats. Les onze canards et les 8 poules font leurs vies. Par contre, Alessandro un coq nain en mène une de nuit comme de jour et empêche parfois les bonnes gens de dormir. Son chant (si on peut appeler cela un chant) est aussi mélodieux que le mien quand je jouais un ange dans la pièce de Boris Vian et est poussé à une fréquence de 5 fois par minute. Il y a de quoi avoir des envies de coq au vin. L'autre coq à un chant harmonieux qui annonce le lever du soleil et les quelques mouvements de terrain qui sont a priori fréquent dans la région mais que je ne suis pas sûr (ajoutez l'accent circonflexe qui fait défaut sur les claviers espagnols) d'avoir sentis. Enfin, il y a deux vaches enceintes qui ne sont pas forcément amicales s'il ne s'agit pas de nourriture. Au niveau des animaux sauvages, ceux que nous voyons le plus sont les bandurrias (ce sont des ibis multicolores) qui viennent chercher des vers de terre dans le jardin à l'aide de leur bec courbé. Il y a aussi des oiseaux de rivière dont le cri ressemble à celui des mouettes de Riga mais dont je ne saurais citer le nom.
Une chose assez surprenante est le nombre de chevaux qui se baladent seuls dans la nature. Il ne sont pas abandonnés mais sont beaucoup plus libres de leurs mouvements que ce qu'il m'a été donné de voir en Europe.
Au fait, la ferme se situe sur la commune de Lago Puelo à la confluence des torrents, en dessous du 42ième sud et non pas à El Bolson comme annoncé précédemment.
Mes amis et moi

Le coq nain qui passerait à la casserole si ça ne tenait qu'à moi (inutile à la ferme puisque trop petit pour la reproduction des poules)

Méditation au bord d'un torrent